Préparer sa retraite (2/6): un système de retraites par répartition à l’agonie Retour

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Dans ce deuxième volet de cette série d’articles consacrée à la retraite nous allons faire ensemble le point sur notre système de retraite par répartition, qui est aujourd’hui à l’agonie du fait de l’imprévoyance (ou du manque de courage ?) de nos élus depuis des décennies. Avec l’arrivée massive des « baby boomers » en retraite, la hausse du chômage, une natalité insuffisante et une croissance économique en berne nos caisses de retraite sont au bord du gouffre. Déprimant ? Oui, mais au moins vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus.

 

Un système par répartition à l’agonie:

Lors des ateliers Patrimonia de septembre 2014 Bruno Chrétien, président de Factorielles, a donné ses estimations sur l’avenir des caisses AGIRC et ARCCO. Selon ses calculs:

  • l’ARRCO (association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) sera en faillite en 2027, date à laquelle il aura épuisé toutes ses réserves (55 milliards d’Euros en juin 2014).
  • l’AGIRC (association générale des institutions de retraite complémentaire des cadres) aura elle totalement épuisé ses réserves en 2018 (9 milliards de réserves à ce jour).

Si rien n’est fait d’ici là le paiement des pensions versées par ces deux organismes sera lourdement amputé puisque ses régimes ne peuvent pas avoir recours à la dette pour payer les pensions.

Ce scénario noir ne se produira probablement pas car on peut espérer que nos chers dirigeants politiques auront enfin le courage de réformer pour de bon nos régimes de retraite, mais toujours est-il que ça ne se fera pas sans peine…

 

Les raisons du déséquilibre sont profondEs

Une espérance de vie qui augmente

Espérance de vie à la naissance:

En 1975 En 1995 En 2013
Homme 69 ans 73,8 ans 78,7 ans
Femme 76,9 ans 81,9 ans 85 ans
source INSEE

Nous vivons donc de plus en plus vieux, ce qui est une bonne nouvelle, mais ce qui implique que nous percevons des pensions de retraite de plus en plus longtemps, ce qui a évidemment un impact fort sur le système par répartition.

Il faudrait un taux de fécondité (= nombre d’enfants par femme) de 2,5 (alors que nous sommes à 2) pour compenser la hausse de l’espérance de vie par une hausse de la population active.

 

De moins en moins d’actifs pour financer les retraites

Le nombre d’actifs par retraité ne cesse de diminuer, ce qui implique que la charge des retraites pèse sur de moins en moins de personnes:

1970 1990 2010 prévision 2030 prévision 2060
nombre d’actifs par retraité 4 3 2,1 2 1,5
source Insee

Et encore ces chiffres ne tiennent pas compte du taux de chômage car tous les « actifs » ne sont pas « occupés » (c’est à dire en emploi). Le nombre réel de « cotisants » est donc plus faible…

 

La démographie ne pouvant s’inverser (sauf à très long terme), notre modèle de retraite devra se réformer ou exploser.

 

Les réformes qui arriveront dans les années à venir

Comme ce sont (normalement) les cotisations versées par les actifs qui financent (presque en temps réel) les retraites versées, tout est une question d’équilibre:

Nombre de cotisants x Taux de cotisation x Revenu d’activité moyen = Nombre de retraités x Pension moyenne

Les leviers sur lesquels intervenir pour rééquilibrer le système sont donc:

  • le nombre de cotisants
  • le taux de cotisation
  • le revenu moyen d’activité
  • le nombre de retraités
  • la pension moyenne

 

Une durée de cotisation qui continuera à progresser

C’est un levier puissant pour rééquilibrer les régimes de retraite puisqu’en demandant à tous les travailleurs de cotiser plus longtemps on agit en fait sur 3 leviers:

  • le nombre de cotisants augmente
  • le nombre de retraités diminue
  • la durée de la retraite diminue, donc il faut verser des pensions pendant moins longtemps

 

Les réformes de 1993, 2003 et 2014 ont déjà fait augmenter les durées de cotisation:

  âge légal d’ouverture des droits à retraite âge pour bénéficier de la retraite à taux plein nombre de trimestres à cotiser pour bénéficier d’un taux plein
avant le 01/07/1951 60 ans 65 ans 163
Du 01/07/1951 au 31/12/1951 60 ans et 4 mois 65 ans et 4 mois 163
1952 60 ans et 9 mois 65 ans et 9 mois 164
1953 61 ans et 2 mois 66 ans et 2 mois 165
1954 61 ans et 7 mois 66 ans et 7 mois 165
1955 à 1957 62 ans 67 ans 166
1958 à 1960 62 ans 67 ans 167
1961 à 1963 62 ans 67 ans 168
1964 à 1966 62 ans 67 ans 169
1967 à 1969 62 ans 67 ans 170
1970 à 1972 62 ans 67 ans 171
à partir de 1973 62 ans 67 ans 172

La tendance à la hausse devra nécessairement se poursuivre pour sauver le système.

A terme les cas de « retraite progressive » (le salarié part à la retraite progressivement et continue à travailler à temps partiel) devraient se multiplier.

 

Un taux de remplacement qui va poursuivre sa chute

Le taux de remplacement, c’est à dire le rapport entre le dernier salaire perçu et la première pension de retraite, ne cesse de diminuer au fil des générations:

  Taux de remplacement pour un cadre Taux de remplacement pour un non-cadre
personne née en 1950 56 % 75 %
personne née en 1970 53 % 72 %
personne née en 1990 51 % 69 %
source : Conseils d’Orientation des Retraites
Données : carrière de salariés sans discontinuité et de départ à âge taux plein
Cadre : pente de carrière forte (salaire de fin de carrière à 9500 € / mois)
Non-cadre : pente assez faible (salaire de fin de carrière à 3200 € / mois)

Malheureusement on peut penser que cette tendance va se poursuivre.

 

Des pensions de retraite gelées, dans le meilleur des cas

Le gel des pensions, déjà en vigueur depuis quelques temps, me semble inévitable car l’accroissement du nombre de retraités va représenter une charge insurmontable pour l’Etat si par ailleurs les retraites devaient continuer à croître.

Par ailleurs, et même si cette remarque peut faire bondir certains d’entre vous, les pensions de retraite sont trop élevées actuellement en France, si on les compare aux salaires. Ainsi, la retraite moyenne est de 1288 € alors que le salaire moyen des salariés non-cadres (soit 82 % de la population active) est lui de 1581 € brut, soit environ 1200 € net. Alors bien sur si on ajoute les cadres ce chiffre sera plus élevé, mais on ne peut pas ne pas trouver problématique le fait qu’en moyenne un retraité perçoive pratiquement la même somme tous les mois qu’un actif. C’est un non-sens économique.

 

Les futures réformes de retraite joueront de manière sure et certaines sur des points « marginaux », plus faciles à faire passer qu’une baisse généralisée des pensions, mais néanmoins essentiels pour certains, comme par exemple:

  • les pensions de réversion, qui représentant 10 % des prestations versées >>> un rapport du Conseil d’Orientation des Retraites est attendu sur le sujet et celui-ci devrait préconiser une baisse des réversion qui sont « non égalitaires ». En effet le taux de cotisation est le même que l’on soit marié ou non. Or une personne mariée pourra faire bénéficier son conjoint, sous conditions de ressources, d’une pension de réversion qui aura été acquise « gratuitement ». Les règles seront donc probablement durcies progressivement.
  • les « prestations de solidarité », qui représentant 20 % du total des prestations >>> par exemple aujourd’hui un chômeur continue à valider des trimestres de retraite sans cotiser. Celà pourrait bien changer.

 

 

Des cotisations encore à la hausse ?

Elles ont déjà été fortement augmentées dans les dernières années donc une nouvelle hausse sera difficile à faire passer. Par ailleurs augmenter les cotisations revient à appliquer une « double peine » aux actifs actuels: ils vont devoir payer plus pour au final percevoir une pension très faible… Pas très réjouissant…

 

 

Bref rien de bien reluisant, mais il faudra bien en passer par là. Si vous êtes retraité il faut vous préparer à perdre du pouvoir d’achat dans les années à venir. Si vous êtes actif, mettre en place des solutions d’épargne individuelle pour vous générer des revenus complémentaires à la retraite doit être une priorité !

Les 3 prochains volets de cette série d’articles seront dédiées aux solutions qui existent pour préparer sa retraite de manière individuelle.

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